Trump et l’Accord de Paris sur le climat : réalisme contre bien-pensance.

Le monde entier s’est insurgé contre M. Trump lorsque ce dernier décida de désengager les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Les campagnes médiatiques, redoublant d’injures à son encontre, avaient alors déchainé le pathos populaire, toujours si prompt à se déverser sur lui. Personne d’autre qu’un fou n’aurait pu oser se retirer de la lutte pour la protection de l’environnement !

Néanmoins, la recherche de la vérité exige du chercheur qu’il se détache de ses passions autant que faire se peut, sans quoi l’analyse ne sera pas tant guidée par la raison que par les sentiments. C’est pourquoi il nous faudra réinsérer cet acte politique dans un contexte global, sans s’occuper de la légitimité de la décision de M. Trump, afin d’en comprendre les réelles motivations.
Car si le chef d’État américain est un fou, c’est un fou qui, seul contre tous, ose mettre en lumière les défaillances grossières d’un Accord qui ne peut faire qu’illusion de modernité et d’efficacité.

Rappels préliminaires

Cet Accord de Paris sur le climat s’inscrit dans une suite de traités internationaux ayant pour objectif de réduire des émissions de gaz à effet de serre. Sans en faire une liste exhaustive, nous rappellerons simplement que l’un des plus importants de ces textes fut le Protocole de Kyoto de 1995 – entré en vigueur seulement en 2005. Ces dispositions furent bien plus contraignantes que celles de l’Accord de Paris, raison pour laquelle il mit dix ans à entrer en activité sans jamais avoir été ratifié par les États-Unis.

Nous pourrions aussi citer la longue liste des traités internationaux, en dehors du droit environnemental, qui n’ont jamais été signés par les États-Unis – et dont l’exemple le plus significatif est la non-ratification des Protocoles I et II des Conventions de Genève, relatifs à la protection des victimes des conflits armés.

Ainsi, plutôt que de s’outrer de la décision de M. Trump qui peut sembler illogique en apparence, n’oublions pas que jamais, au cours des dernières décennies, les États-Unis n’ont ratifié un traité international qu’ils considéraient comme contraire à leurs intérêts. M. Trump ne fait donc pas ici autre chose que ses prédécesseurs.

L’accord de Paris sur le climat

Voici qu’elles sont les ambitions essentielles de l’Accord de Paris : « Reconnaissant que les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète et qu’ils nécessitent donc la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation dans le cadre d’une riposte internationale efficace et appropriée », l’Accord sur le climat propose « d’accélérer la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre ». L’objectif final étant d’arriver à contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique pour arriver à une valeur moyenne « au-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ».

Notons-le tout de suite : d’après les dires de certains scientifiques, ces objectifs théoriques posés par l’Accord sont trop minimes pour mener aux effets escomptés1. D’après certains autres, rien que le développement des usines à charbon dans le monde d’ici 2030 ruinera dans tous les cas les effets positifs que pourraient avoir l’Accord.2.
Ce qui semble clair, c’est qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur la pertinence des objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Compte tenu des enjeux en question, ils pourraient être largement en deçà de ce qu’il faudrait réaliser.3

Un Accord sans obligations de résultats.

Au cœur de l’Accord se trouve l’engagement pris par les États signataires de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais là où le Protocole de Kyoto définissait des objectifs chiffrés et imposés, le présent Accord ne fait qu’enjoindre les États à définir eux-mêmes leurs propres objectifs et à les mettre en œuvre « dans les meilleurs délais »4. Si l’Accord prévoit bien un objectif global défini, celui-ci n’est qu’indicatif.

Ce qui frappe d’ailleurs à la lecture de l’Accord, c’est la grande récurrence du conditionnel ainsi que des verbes « inviter », « demander » ou encore « encourager ». Jamais le texte n’impose directement quelque chose aux signataires, hormis l’obligation qu’ils ont de rendre compte, périodiquement, des actions qu’ils ont engagées. Mais puisque ces actions sont prises discrétionnairement par les États eux-mêmes, ce principe de transparence – seule obligation de l’Accord – n’impose en rien une obligation de résultats pour les parties. Le choix a donc été fait de s’en remettre entièrement à la bonne foi des acteurs politiques ; ce qui, dans le cadre des relations internationales, semble bien idéaliste, et tout particulièrement quand les principaux émetteurs de gaz à effet de serre sont les très grandes puissances – Chine, États-Unis, Russie.

De plus, il y est stipulé que les « pays en développement » bénéficient d’un régime privilégié. Il semble en ressortir que ces derniers peuvent ne pas s’engager aux mêmes efforts que les « pays développés » tout en pouvant augmenter leurs émissions de gaz à effet de serre. Par ce double régime, l’Accord de Paris, déjà peu contraignant pour les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, devient une formalité pour les autres.

L’absence de toute obligation de résultats est aussi symbolisée par la décision de ne pas y inclure d’articles relatifs à des sanctions encourues par les États qui ne rempliraient pas leurs engagements. Ceci n’est certes pas vraiment surprenant si l’on se souvient que le Canada, à la suite de sa condamnation pour non-respect du Protocole de Kyoto, s’était tout simplement retiré du dit Protocole pour ne pas être condamné.

En vérité, les traités internationaux, dans un système anarchique des relations internationales, n’ont jamais aucune véritable force coercitive. Ils ne sont ratifiés que parce que les États acceptent de jouer leurs rôles dans le spectacle de la communauté internationale. Pour les y enjoindre, il faut cependant que les bénéfices moraux récoltés soient supérieurs aux responsabilités pour lesquelles ils s’engagent, et l’exemple du Canada nous montre que le résultat d’une telle équation est toujours le même : une bonne presse dans l’opinion publique est toujours souhaitable, tant qu’elle ne coûte pas chère.

Un Accord disposant de simples obligations de moyens.

L’essentiel de la substance de cet Accord se situe donc plutôt dans les moyens d’action qui sont proposés aux parties. En prenant en compte l’échec du Protocole de Kyoto, les rédacteurs ont choisi de faire de l’Accord de Paris sur le climat un texte consensuel et liquide, se contentant d’orienter les actions futures des États. Il y est donc question du développement des énergies renouvelables, de la promotion de leurs financements, de la protection des forêts ou de dispositions relatives à l’aide aux pays subissant le plus gravement des préjudices climatiques.

Dans le même esprit, l’Accord institue la création d’un Fonds pour le climat, financé par les pays dits « développés » et à destination des pays dits « en développement ». A terme, ce serait 100 milliards de dollars par an qui seraient transférés des pays riches vers les pays pauvres.
Or, la notion de « pays développés » n’apparaît jamais définie dans l’Accord et des pays pourtant riches n’y sont pas inclus – comme la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre !
Il semble donc que le financement de ce Fonds ne se fera pas de manière équitable et les nations développées sous tutelle américaine seront les premières, et les dernières, à s’y soumettre – ce qui s’est ensuite confirmé par le refus expressément déclaré des pays nouvellement riches de ne pas le financer. L’Accord ne place donc certainement pas la Chine et les États-Unis dans une position d’égalité.

Contributions pour le Fonds Vert

De ce fait, nous comprenons aussi pourquoi il n’est pas étonnant que l’ensemble des pays dits en développement aient signé cet Accord. Ils ne sont pas engagés aux mêmes obligations de moyens que les pays dits développés, alors même qu’ils bénéficieront de transferts de Fonds pour mettre en œuvre les engagements auxquels ils ne sont pas réellement tenus. Un ensemble de faits qui, pour M. Trump, « mettent les États-Unis dans une situation de désavantage permanent ».5

Enfin, au vu des informations disponibles, il est permis de se demander si les sommes qui seront versées annuellement aux pays dits pauvres seront bien contrôlées pour ne pas qu’elles servent à d’autres desseins.6Il ne faudrait pas qu’elles ne soient qu’un énième mécanisme – de blanchiment – servant à transférer massivement de l’argent des pays occidentaux vers les pays du Tiers-Monde ! Nous ne sommes, en tout cas, pas le seul à être circonspect sur cette question.7

Ainsi, par delà les déclarations médiatiques, le seul effet de l’Accord de Paris sur le climat sera celui d’enjoindre les signataires ainsi que les acteurs privés et publics à réaliser des efforts dans la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. L’objectif théorique de contenir le réchauffement climatique d’ici 2100 à une certaine valeur n’y est donc inséré que comme une parure qu’il est bon d’offrir aux médias. En prenant acte des échecs passés, les rédacteurs ont préféré la carotte au bâton : génial pragmatisme politique selon certains, douloureux constat d’échec selon d’autres.
Mais selon nous, il suffit de s’intéresser aux omissions faites par l’Accord pour en révéler toute sa mauvaise foi.

Les omissions de l’Accord

L’Accord a totalement passé sous silence des sujets pourtant fondamentaux dans les émissions de gaz à effet de serre et la lutte pour l’environnement.

Par exemple, il n’y est jamais fait mention de l’extraction des énergies fossiles, et ce certainement pour ne pas se mettre à dos des États producteurs de pétrole comme ceux du golfe.8

De même, les questions démographiques n’ont pas été abordées. Là encore, c’est une preuve flagrante de l’inconséquence de cet Accord qui préfère récolter les signatures de l’ensemble des États africains plutôt que d’oser entamer ne serait-ce qu’un débat sur cette problématique toujours mise de côté.

De manière encore plus inquiétante, il n’est nulle part fait mention des transports maritimes et aériens, pourtant sources de près de 10% des émissions de gaz à effet de serre. Nous savons à ce propos que lors des négociations, la Commission européenne avait décrété qu’il ne devrait pas être fait mention d’une quelconque remise en cause du libre-échange absolu9, et ce afin de « minimiser les discussions sur les problématiques liées au commerce ». Pour les caciques de l’Union européenne, l’idéologie libre-échangiste est donc d’un intérêt supérieur à la protection de l’environnement et au bien commun des peuples.

Dans le même esprit, le droit de la propriété intellectuelle a été écarté de l’Accord pour ne pas aborder la question du transfert technologique à destination des pays non développés. Pourtant, il nous semble plus sain d’offrir certaines technologies aux pays pauvres afin qu’ils aient les moyens de se développer eux-mêmes plutôt que de déverser des milliards d’euros pour les acheter.

Les motivations de M. Trump

Il est donc légitime de se demander si l’objectif réel de cet Accord est bien la défense de l’environnement et non plutôt une opération de communication à l’échelle planétaire. Sans jamais rien imposer clairement aux États signataires, l’Accord conduit à instaurer un double régime entre des acteurs de bonne foi qui s’y soumettront volontairement et d’autres, de mauvaise foi, qui n’encourront aucune sanction. En laissant libres les États de financer ou non le Fonds sur le climat, là encore, l’Accord permet aux États de mauvaise foi de ne pas s’engager dans les mêmes termes que les autres. En écartant volontairement tous les sujets qui fâchent, il fait preuve d’une lâcheté criminelle.

L’Accord de Paris sur le climat n’est donc ni équitable ni courageux et nous sommes loin d’un texte « juste, durable, dynamique et juridiquement contraignant » comme M. Fabius a osé le prétendre10. Il s’est sciemment vidé de toute substance pour parvenir à un consensus factice, bien enrobé d’une surenchère de symbolisme. Qu’est-ce que cet Accord, sinon une grande messe de l’idéalisme pseudo-progressiste, un rêve de plus pour les masses humaines, une « révolution pacifique pour le changement climatique ». Comme si, face aux questions existentielles de notre futur, il suffisait de quelques mots et de quelques sourires.

La décision de M. Trump est donc compréhensible, qu’on l’approuve ou non. Son point de vue sur ce que doivent être les « deals » internationaux et la défense des intérêts américains – America First – est très clair, tout comme ses doutes quant au réchauffement climatique. Il a donc dû s’insurger de la facétie d’un tel Accord : les États-Unis, en plus de promettre de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, doivent s’engager à participer au financement d’un Fonds de 100 milliards de dollars annuels alors même que le premier émetteur de gaz à effet de serre – la Chine – ou encore la Russie, ne verseront aucune somme, et ne seront tenus à aucun véritable engagement.

Plutôt que de participer à l’hypocrite spectacle offert par les élites internationales, M. Trump a simplement rappelé à tous cette dure réalité : seuls les intérêts personnels comptent dans les relations internationales. Une réalité qui aura encore une fois été mise en lumière, non par Trump, mais par le cirque de l’Accord de Paris sur le climat.

A tous ceux qui désirent une révolution des politiques environnementales, votre salut ne viendra pas d’un consensus international et des castes politiques gangrénées par excès de dogmatisme. Il surgira bien plutôt de l’exemplarité inébranlable dont témoignera une nation, la première face au monde, en agissant héroïquement là où les autres ont toujours capitulé.
Comme Trump, nous devons déchirer l’Accord de Paris, mais pour les bonnes raisons !

Notes

  1. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_de_Paris_sur_le_climat#Cr%C3%A9dibilit%C3%A9_des_objectifs
  2. http://huet.blog.lemonde.fr/2018/03/14/climat-le-seul-charbon-tue-laccord-de-paris/
  3. Nous n’aborderons pas la question de la réalité de l’implication humaine dans le réchauffement climatique.
  4. https://unfccc.int/resource/docs/2015/cop21/fre/10a01f.pdf
  5. Chakraborty, Barnini (June 1, 2017). « Paris Agreement on climate change: US withdraws as Trump calls it ‘unfair' ». Fox News.
  6. Sans même parler de la pertinence de tels mécanismes financiers.
  7. M. Trump a lui même qualifié ce système de « redistribution de la richesse des pays riches vers les pays pauvres », et non d’une mesure pour l’environnement. V. Eddy, Somini Sengupta, Melissa; Buckley, Chris (June 1, 2017). « As Trump Exits Paris Agreement, Other Nations Are Defiant ». The New York Times. ISSN 0362-4331. Retrieved June 1, 2017.
  8. Il semble d’ailleurs que l’Arabie Saoudite se soit expressément opposée à toute mention de ces termes.
  9. https://www.bastamag.net/Accord-a-la-COP21-meme-sur-une-planete-morte-le-commerce-international-devra-se
  10. https://www.lemonde.fr/cop21/article/2015/12/12/cop21-laurent-fabius-presente-un-texte-d-accord-mondial-sur-le-climat_4830539_4527432.html

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